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Alexandra Wilson : réflexions d’une chef de file exceptionnelle

Publié le 22 avril, 2021

Headshot of Alexandra Wilson, a white woman with curly grey hair and red-framed glassesAlexandra Wilson est une pionnière canadienne de l’habitation coopérative. Depuis ses débuts en tant que militante à la Bain Co-op et à la Co-operative Housing Federation of Toronto, elle a ensuite occupé des postes de direction à la FHCC et à l’Agence des coopératives d’habitation. Elle continue de siéger aux conseils d’administration de plusieurs associations coopératives, dont l’International Co-operative Alliance.

L’écrivaine Cindy Long s’est longuement entretenue avec elle alors qu’elle poursuit son travail de toute une vie en tant que leader et défenseure des coopératives.

Q : Vous avez lutté dans les années 1970 pour créer la Bain Apartments Co-operative à Toronto alors que vous n’aviez que 18 ans, et vous avez joué un rôle clé dans la campagne pour sauver Beech Hall cinq ans plus tard. Vous semblez avoir un objectif clair. D’où cela vient-il ?

AW : J’ai une persévérance innée. Je ne m’accroche qu’aux choses que je considère réalisables, puis je n’abandonne pas. Mon frère a joué un rôle déterminant en me soutenant très tôt. J’étais très jeune, extrêmement timide et socialement maladroite. Il était extraverti, confiant et très charismatique. Il m’a fallu 10 ans pour acquérir même les compétences sociales superficielles qui m’ont permis de continuer et de faire beaucoup des autres choses que j’ai faites dans ma vie.

J’étais attirée par les coopératives parce qu’elles répondaient à la question : comment la société devrait-elle être organisée ? C’est très bien de critiquer le capitalisme, mais quelle est la solution de rechange ?

Nous étions là, vivant à la Bain Co-op et confrontés à la perspective d’être expulsés pour la troisième fois, et nous avons dit, non, nous devons essayer d’empêcher que cela se produise. Je me disais : « Nous pouvons mobiliser les locataires et lutter contre l’expulsion, et nous perdrons. Je ne souhaite pas perdre une troisième fois. Pourquoi n’achetons-nous pas la propriété à la place ? »

Q : L’histoire du mouvement coopératif remonte souvent à la Rochdale Weavers’ Guild au Royaume-Uni en 1844. Pensez-vous que ses racines sont peut-être encore plus profondes que cela dans l’histoire de l’humanité ? Je pense à certaines cultures autochtones et à la tendance de ce mode de vie traditionnel à refléter les principes coopératifs.

AW : Je ne connais pas très bien les cultures autochtones, mais je pense que toutes les sociétés traditionnelles sont collectives dans une certaine mesure et que cela a quelque chose à voir avec la survie dans des conditions défavorables. Les coopératives d’habitation sont sorties tout droit de la dépossession de la révolution industrielle. Les immigrants juifs d’Allemagne les ont amenés à New York à la fin du 19e siècle. Je pense qu’elles font écho aux valeurs que nous voyons dans les sociétés traditionnelles.

Q : Pendant 15 ans, vous avez été directrice générale de la FHCC. Selon vous, quelles sont les principales forces de cet organisme qui la feront progresser ?

AW : Je veux rendre hommage ici à Mark Goldblatt. Il a proposé des idées clés qui ont été mises en œuvre et qui, je crois, expliquent la force de la FHCC aujourd’hui.

Tout d’abord, il y avait une proposition visant à transformer la FHCC en une confédération. Mark s’est prononcé très énergiquement contre cette idée en faisant valoir que la force de notre secteur résidait dans la mobilisation des gens qui vivaient dans les coopératives d’habitation. Pour obtenir quoi que ce soit du gouvernement, il fallait que les électeurs aillent parler à leur député et le défendent. Si nous n’avions pas de coopératives d’habitation parmi nos membres, nous n’aurions pas de moyen d’aller à la base et de nous mobiliser. C’était une idée très puissante qui allait à contre-courant.

En fin de compte, l’argent provient des gens qui vivent dans les coopératives d’habitation et c’est une source perpétuelle tant que vous vous concentrez sur la prestation de services que vos membres considèrent comme étant une valeur. Mark a également inventé les programmes éducatifs pour lesquels la FHCC est si réputée.

Alexandra Wilson (au centre) lors d’un événement éducatif à Saskatoon en novembre 1981.

Q : Vous avez joué un rôle clé dans la création de l’Agence des coopératives d’habitation. Pourquoi avez-vous senti, à l’époque, que c’était nécessaire ?

AW : Dès 1978, le gouvernement fédéral a tenté de se retirer [de ses engagements à l’égard des coopératives d’habitation] et une des propositions avec laquelle nous n’étions pas d’accord était que les coopératives soient administrées par la province. Nous avons gagné cette bataille. Et puis, en 1985, nous nous sommes battus à nouveau et nous avons obtenu le programme PHI (Prêt hypothécaire indexé).

Reportons-nous maintenant en 1995. Nous avons vécu l’expérience quasi fatale du référendum au Québec et on parlait de nouveau de transfert de responsabilités. Le gouvernement provincial de l’Ontario venait de mettre un terme brutal aux programmes de logement provinciaux. Tout comme la Bain, je me disais que nous pourrions monter une protestation assez impressionnante et perdre. Que pouvions-nous faire d’autre ? À l’époque, chaque agence fédérale, quelle qu’elle soit, devait justifier toutes ses dépenses. Ainsi, la prestation de services alternatifs était devenue la saveur du jour. Inspirés par cela, nous avons proposé l’Agence. C’est donc le lobbying qui a permis à l’Agence de voir le jour.

Alexandra Wilson (rangée arrière, au centre) lors de la signature de l’entente de service avec le gouvernement du Canada qui a créé l’Agence des coopératives d’habitation.

Q : Vous venez de prendre votre retraite de l’Agence. Dans quoi êtes-vous toujours très engagée et avez hâte de continuer ?

AW : Je siège au conseil d’administration de la Coopérative funéraire d’Ottawa. C’est une coopérative en démarrage. C’est très amusant et aussi très difficile. Je suis membre du conseil d’administration de la compagnie Co-operators. C’est une entreprise commerciale, et cela m’intéresse. Je suis membre du conseil d’administration de Coopératives et mutuelles Canada. C’est un engagement plus récent. Et je suis membre du conseil d’administration de l’Alliance coopérative internationale. C’est un travail assez intéressant et stimulant. Je fais également partie d’un organisme appelé Comptables agréés du Canada et je siège à leur conseil consultatif sur le développement durable. Tout est orienté sur le développement durable du point de vue de la profession de comptable.

Je suis actuellement inscrite à un cours de certificat en Climate Competent Boards (Conseils d’administration compétents en matière de climat). Les entreprises commencent à prendre conscience des risques posés par le changement climatique. Si un plus grand nombre d’entreprises privées peuvent être persuadées que leurs intérêts à long terme résident dans la résolution de ce problème, alors nous avons un peu d’espoir de nous sauver.

Q : Vous avez consacré votre vie à l’habitation coopérative et au mouvement coopératif en général au Canada. Pour l’avenir, quels sont vos espoirs pour le secteur ?

AW : Fondamentalement, je suis optimiste. J’estime que l’on est moralement obligé d’être optimiste, car ne pas l’être, c’est jeter l’éponge. J’ai choisi de croire que si nous continuons à y travailler, nous pourrons progresser dans la résolution de ces problèmes humains persistants. Je suis encouragée par le fait que de nouvelles coopératives voient le jour quotidiennement. Il faut tellement d’efforts pour créer une coopérative, mais les gens continuent de se tourner vers l’idée.

Q : Pourquoi est-ce si difficile ?

AW : Le manque de financement suffisant. Si vous regardez le système Mondragon dans la région basque de l’Espagne et que vous vous demandez pourquoi il a connu un tel succès, c’est parce que, très tôt, ils ont eu l’idée qu’ils avaient besoin d’une banque coopérative. Les gens y déposaient leur argent et ils l’utilisaient pour soutenir de nouveaux développements, et dès le départ, ils fournissaient un soutien technique. Ils savaient qu’il ne suffisait pas de simplement réunir 20 personnes et de leur dire : « Allez organiser une coopérative ». Donc, un soutien financier et un soutien technique. Et dans ce pays, nous ne disposons pas de moyens très efficaces pour fournir l’un ou l’autre. Le Fonds canadien d’investissement coopératif est une tentative naissante pour résoudre ce problème.

Dans mes jours les plus sombres, je pense que les perspectives ne sont pas si bonnes. Mais les gens reviendront toujours à l’idée des coopératives parce que, fondamentalement, les coopératives répondent à la question : comment devrions-nous organiser nos affaires humaines ?


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